Affichage des articles dont le libellé est Frédéric Beigbeder. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Frédéric Beigbeder. Afficher tous les articles

jeudi 30 juillet 2009

Réponse à un commentaire sur Facebook

Quelqu'un a écrit un commentaire sur Facebook en réponse à mon précédent billet . Voici le texte de ce commentaire :

Ne nous méprenons pas... je me tape de Beigbeder, et tout autant de ses écrits...
Mais cette réponse me choque, parce qu'a l'inverse tes arguments me semblent tristes. Si j'ai bien lu, tu revendiques presque une vie sur internet, fausse ou faussée, venant mettre un peu de couleur dans ta non vie ?
Si c'est bien le cas, alors oui, je trouve ça misérable... et puisque tu choisi de partager cela sur facebook, je me permet d'y répondre :)

Je peux comprendre que l'on puisse voir un certain romantisme dans la fuite de la réalité... les drogues, les reves... mais putain, là on parles de Facebook et de MSN !!!

Evidement, on ne se connais pas et je me permet juste de reagir a ce "texte", sans vouloir a aucun instant porter atteinte a son auteur ;)
Comme ma réponse est trop longue pour être postée comme commentaire sur Facebook, je la dépose ici :

C'est bien ainsi que j'entends ton commentaire ! Je ne vois en toi ni un thuriféraire de F. Beigbeder (pour lequel au demeurant je n'ai ni antipathie ni sympathie particulières, à vrai dire), ni un ennemi decidé à avoir ma peau ! Tu fais bien de répondre et si j'ai partagé cela sur Facebook et sur mon blog, c'est aussi pour que tu puisses répondre.

Tu as bien lu, me semble-t-il. Tu as bien lu, mais tu n'as pas bien compris (soit dit sans t'offenser). Tu n'as pas compris parce que tu portes sur le monde le même regard que F. Beigbeder (en tout cas, celui qu'il manifeste dans le texte dont il est question) qui est aussi celui que porte notre société sur cette question : je ne revendique pas une vie fausse ou faussée sur internet et je ne parle pas de non vie ! Ma vie sur internet est plus vraie que la tienne en dehors !

D'abord, une petite précision sur ma vie (ou non vie), sur celle que tu appelles vraie : en me voyant, tu n'imaginerais sans doute pas que je suis l'auteur de ce texte. Dans ma 'vraie' vie, j'ai un 'vrai' emploi, une 'vraie' famille (c'est-à-dire une 'vraie' femme et un 'vrai' enfant), j'ai une 'vraie' maison, une 'vraie' voiture, je porte de 'vraies' chemises propres et j'ai même quelques 'vrais' amis. J'ai une vraie vie plutôt heureuse, merci. :-)

Mais je suis un sociopathe, ou un grand timide, appelle ça comme il te plaira. J'aimerais rencontrer des gens, j'aimerais passer des soirées en conversation avec des inconnus, pour découvrir d'autres personnalités, d'autres goûts, d'autres préoccupations. J'aimerais ça, mais je ne le puis pas. Oh bien sûr, je suppose que pour quelqu'un d'extraverti, c'est de la paresse, de la faiblesse, que je n'ai qu'à me secouer ou d'autres choses de ce genre. Sans doute... Je ne sais pas si c'est quelque chose qu'on peut imaginer... Permets-moi de te raconter une petite anecdote, pour que tu puisses entrevoir de quoi je parle : un jour, j'ai eu une conversation téléphonique avec une jeune fille qui était importante à mes yeux (en tout bien, tout honneur, je suis marié, souviens-toi). C'était la première fois que je lui parlais en 'vrai'. Elle m'a dit qu'elle avait fait de la musique... Il aurait été normal que je lui demande de quel instrument elle jouait, tu ne crois pas ? Tu lui aurais demandé, toi ? Je n'y ai pas pensé. Ou pour être plus exact, je n'y ai pas pensé dans un premier temps, puis je me suis dit que ce serait une question ridicule, que peut-être qu'elle ne jouait d'aucun instrument... C'est drôle dit ainsi, mais au fond ça ne l'est pas en général. Bien sûr, un peu plus tard, je vois le ridicule de mes réticences, mais plus tard, il est souvent trop tard ("Il y a une demi-heure, tu as dit que tu avais fait de la musique, tu te souviens ? Et de quel instrument jouais-tu ?", c'est une correction en forme de coq-à-l'âne qui peut être drôle une fois dans une conversation, mais qui lasse vite...).

Tu peux trouver ça triste, misérable, méprisable, nul, pathétique. C'est ce que j'ai pensé longtemps, que je pense encore parfois (en raccrochant d'une conversation avec une jeune fille qui est importante à mes yeux, par exemple). J'y ai beaucoup réfléchi. En fait, j'ai la faiblesse de penser qu'il existe des êtres humains moins intelligents que moi (même s'il ne sont pas majoritaires, bien sûr), qu'il en existe qui écrivent moins bien que moi, qu'il en existe qui sont moins sensibles que moi à certaines choses, qu'il en existe qui sont moins beaux que moi (euh... non là j'avoue, ça je ne le crois pas vraiment, même si je suis disposé à écrire avec verve et courtoisie à toutes les personnes qui m'enverront un mail pour m'assurer que j'ai tort de ne pas le croire ;-)) En somme, j'ai fini par me convaincre que j'ai des qualités et que le fait d'avoir certains défauts, même s'ils sont assidûment stigmatisés par notre société, ne faisait pas de moi un loser, un taré, un monstre. J'ai fini par me convaincre que chaque médaille à son revers, mais qu'il convient d'en présenter l'avers.

J'aime rencontrer des gens, j'aime passer des soirées en conversation avec des inconnus, pour découvrir d'autres personnalités, d'autres goûts, d'autres préoccupations. Et sur Facebook, ou ailleurs sur internet, je le fais. Dans mes amis de Facebook, j'ai des gens de tous les âges, de tous les sexes, de beaucoup de nationalités, d'horizons culturels variés. Bien sûr, beaucoup ne sont pas de vrais amis (mais je me flatte toutefois que certains en soient). L'autre jour, j'ai pris l'avion avec un collègue et en sortant, il parlé pendant cinq minutes avec une autre passagère du roman qu'elle lisait ; je trouve ça bien, mais je serais incapable de le faire. A la place, j'ai ce genre de petites conversations sur Facebook... :-)

Ma 'vraie' vie sociale n'est pas aussi épanouie que je le voudrais, mais j'ai une vie sociale épanouie sur FB... Et elle n'est pas moins vraie ! Les gens avec qui je parle sont de vrais gens ! N'es-tu pas vrai toi ? Pour ma part, je te jure, je ne suis pas un robot ! Pourquoi des relations entre de vraies personnes seraient-elles moins vraies sous prétexte qu'elles utilisent internet ? Est-ce qu'il y a des degrés de vérité ? Est-ce qu'une conversation téléphonique avec un de tes amis est moins vraie que la même conversation autour d'un verre ? Et si vous avez cette conversation lors d'un repas ou en marchant dans la rue, est-elle plus ou moins vraie ? Si c'est sur MSN, j'ai bien compris, elle est fausse.

Tu trouves ma vie triste. C'est une sollicitude dont je te sais gré, mais je t'assure qu'elle est bien inutile. Je ne suis pas triste moi ! Je ne suis pas triste du tout ! Mon Facebook, mon MSN, mon blog et plein d'autres choses comme ça, c'est bien assez pour me combler. Tu vois, je viens de passer la soirée à te répondre, parce que ça me fait plaisir ! J'aurais pu me forcer à sortir, à aller m'attabler dans un bar, à boire avec componction douze cafés l'un après l'autre, pour ne pas avoir l'air d'un con solitaire et désoeuvré, à jeter çà et là des œillades vaguement envieuses aux tables animées, avant de rentrer chez moi en me reprochant de n'avoir trouvé personne à qui parler ou de n'avoir su que répondre à quelqu'un qui m'aurait adressé la parole. Au lieu de ça, j'ai passé la soirée à dire des choses qui me tiennent à coeur à quelqu'un de sympathique (toi !), tout en conversant de temps à autre sur MSN avec un très jeune homme qui prend plaisir à aménager son jardin et à étudier l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et dont le téléphone a une connexion versatile. Je ne sais pas ce qui est le plus vrai dans cette alternative, mais je sais ce que je préfère. Alors sois triste pour moi, prends pitié de moi, si c'est ce qui te plaît, mais, de grâce, ne me souhaite rien d'autre !

Je n'aurais peut-être pas dû dire que j'étais désespéré. Quand j'ai écrit ce texte, il y a quelques mois, je l'étais un peu (je venais de raccrocher d'une conversation avec une jeune fille qui était importante à mes yeux ;-) ). J'aurais mieux fait, sans doute, de dire "désabusé", mais peu importe : j'ai cessé d'espérer, j'ai cessé d'attendre qu'une place se fasse pour moi dans une vie que je ne comprends pas, j'ai décidé de cultiver mes points forts au lieu de déplorer mes tares. C'est cette désespérance qui me fait prendre plaisir à la vie.

mercredi 29 juillet 2009

Lettre ouverte à Frédéric Beigbeder

Bonjour Monsieur,

J'ai lu il y a quelque temps votre article "J'ai peur du virtuel". Vous dites que "Les internautes sont très tolérants, sauf quand on critique Internet." Je suis un internaute et si je me permets de vous répondre aujourd'hui, ce n'est pas parce que vous critiquez Internet. Si je vous réponds aujourd'hui, c'est parce j'ai lu votre article comme une attaque personnelle à mon encontre. J'espère que vous apprécierez le délai de réflexion que je me suis accordé afin de ne pas vous importuner pour une lubie ;-).

N'en doutez pas, je suis de ceux dont vous parlez : "des Fakes et des frustrés, ou simplement des losers tristes et seuls, timides et respectables". J'ai longtemps été respectable et timide, trop seul peut-être. Du dépit que j'en ai conçu, j'ai été frustré, au point de devenir un fake. Je ne vais pas vous raconter ma vie, elle n'a pas d'intérêt et vous ne la pourriez pas comprendre. Qu'il vous suffise de savoir que les gens ne me reconnaissent jamais à notre deuxième rencontre, que j'ai passé mon adolescence à mendier les sourires de telle ou telle, sourire que j'estimais comme le plus intense des plus troublantes délices de l'amour, que je n'ai rien choisi dans mon existence, que, mille fois, j'ai crispé mes poings vers Dieu, rempli de haine pour moi-même, pour n'avoir pas su saisir une occasion de faire un geste ou une parole. J'ai eu 15 ans à peu près en même temps que vous et lorsque je sortais du lycée je me dépêchais de rentrer et ce n'était pas pour échanger sur Facebook ou sur MSN, c'était pour lire Baudelaire. Ce que vous appelez "un loser triste et seul, timide et respectable", c'est ce que j'appelle un spectre. Vous le savez comme moi, les spectres n'existent pas. C'est bien de cela qu'il s'agit : je n'existe pas. En tout cas, je n'existe pas dans ce que vous appelez la vie...

Je ne parlerai pas de la "surveillance orwellienne de [mes] habitudes de consommation". Je m'accommode fort bien d'être un profil de consommateur. Le plus sagace des analystes de Facebook en sait bien moins sur moi que n'en sait sur vous le plus grossier des vigiles qui somnolent devant les écrans de surveillance des lieux où vous charroie votre "vraie" vie. Que m'importe le business, s'il me permet d'avoir commerce avec des étoiles !

J'ai dit que je n'ai jamais rien choisi. J'ai menti : j'ai choisi mon pseudo sur Facebook, sur Myspace, j'ai choisi chacune des innombrables adresses email que j'ai eu l'occasion d'utiliser, j'ai choisi les pseudos les plus extravagants sur les forums les plus improbables, j'ai choisi le titre de mes blogs. J'ai acquis quelque notoriété sur Internet sous mon vrai nom (notoriété qui n'approchera jamais la vôtre, bien sûr), j'ai parfois été utile aux uns ou aux autres sur Internet, je m'y suis fait des amis (je veux dire de vrais amis, pas des vignettes sur Facebook), j'y ai parfois été admiré, j'y ai parfois été importun, comme je lui suis à l'instant même... J'y ai vécu. Lorsque quelqu'un que j'ai rencontré dans la "vraie" vie me rencontre sur Internet, il se demande souvent étonné si je suis bien la même personne que celle qu'il a rencontrée (à supposer qu'il se souvienne de moi, ce qui est rare) ; lorsque je dois parler (en face ou au téléphone) à quelqu'un qui m'a d'abord rencontré sur Internet, il est déçu, toujours.

Aussi, pour répondre à votre exhortation, c'est sur Internet que je suis le plus sorti, que j'ai le plus discuté, que j'ai le plus bossé.

Vous avez connu comme moi l'époque où Internet n'existait pas. Depuis son arrivée, je suis toujours un loser, mais je ne suis plus triste. Je suis seul sans doute, mais, comme celui de Michelet (Jules, pas Claude), il est lumineux, âpre et beau mon désert et je me plais dans cette thébaïde constellée.

Je me doute que vous avez bien d'autres choses à faire que de répondre à mon verbiage et je serais déjà flatté que eussiez poursuivi votre lecture jusqu'ici. Je voudrais, si je le puis dire sans outrecuidance, vous apprendre quelque chose, vous amener à repenser votre vision de la vie et de la mort. Je suis aussi dandy que vous, je suis aussi vivant que vous, je suis plus désespéré que vous ne le serez jamais. Est-ce que cela ne me rend pas plus beau ?

Pour finir, je ne vous aurais jamais dit cela si je vous avais rencontré en personne. Mais c'est peut-être ça la vraie vie.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec la considération et le respect les plus parfaits,

Votre serviteur le plus dévoué, Caym.

Update : J'ai répondu à commentaire à ce billet fait sur Facebook dans un autre billet.